"Nous n'aurions jamais dû quitter le Rojava. Cela signifie-t-il quelque chose sur ce que nous sommes devenus ? Sans aucun doute. L'histoire retiendra que ce 9 octobre 2019 nous avons commis une double faute, à la fois morale et politique."
Patrice Franceschi.
À la suite du retrait de l'armée américaine, nos soldats ont reçu l'ordre de quitter le théâtre d'opérations syrien à l'automne 2019. Nous avons abandonné nos alliés kurdes aux visées expansionnistes et punitives d'Erdogan, au mépris de nos engagements à leur égard dans notre lutte commune contre Daech. Comment justifier une telle trahison, qui va à l'encontre de nos valeurs comme de nos intérêts ? Que dit-elle de notre civilisation ? Et quel prix sommes-nous vraiment prêts à payer pour notre liberté ? Telles sont les questions posées par Patrice Franceschi, compagnon de route et de combat du peuple kurde, familier des bataillons féminins qui l'incarnent et du projet d'État démocratique et laïque qui les porte. La tragédie a eu lieu ; il est temps d'en comprendre le sens, pour agir, et sans que nous sachions bien à quoi nous en tenir pour l'avenir.
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Maintenant que j'aborde ma « dernière ligne droite », il y a une chose au moins dont je suis certain : mener sa vie conformément à ses rêves est devenu un pénible défi quotidien. Jamais nous n'avons été autant prisonniers du monde que nous avons créé, de l'univers formaté dans lequel nous nous sommes enfermés. Être simplement libre - autrement dit agir et penser par soi-même -, n'est même plus un droit mais un devoir qui aujourd'hui se paie très cher. Dans ces conditions, comment trouver un accord entre soi-même et l'existence que l'on mène, c'est-à-dire en définitive, comment être heureux ? Peut-on même encore rêver de choisir sa vie pour en être propriétaire ? Et qu'en faire alors ?
Un jour, très jeune, j'ai tout jeté dans la balance, sans compter, pour tenter de répondre à ces questions : j'ai sauté hors des rails. Avant la dernière ligne droite est l'histoire mouvementée de ce qui a suivi.
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